Intervalle hors de la maison de la tristesse

Deuil en cours

L’humeur général n’est pas constamment au chagrin et aux sanglots dans notre chez-nous, mais la tristesse nous guette sans cesse. Elle nous surprend au réveil, nous surveille d’un recoin où elle se terre, nous attrape au moment où nous ne nous y attendions pas et parfois, elle nous saisit dans des détours que nous anticipions. Nous vivons actuellement dans la maison de la tristesse, parce que cette maison était et est toujours remplie de beaucoup d’amour. 

Ça fait mal d’aimer parfois. Quand je suis emplie d’amour et que je ne peux le déverser, c’est souvent là que les larmes jaillissent, que l’amertume m’envahit, que la mélancolie domine. Je l’aime tellement mon Clément, tellement que ça me fend le coeur. Je l’aime tellement que ça ne me dérange pas de me sentir si triste à la suite de sa mort. Pas que j’apprécie ressentir cette peine qui me déchire ; je ne trouve pas du tout agréable la période que nous traversons. Néanmoins, je comprends d’où elle émane et je sais qu’en échange de toute cette douleur qui m’habite dans les dernières semaines, nous avons vécu quinze années de bonheur tigré roux. Je trouve que, malgré tout, cela a valu le coup. Je ne regrette pas d’avoir fait entrer Clément dans mon coeur et de lui avoir fait une belle grande place. Il le méritait amplement et le rendait au centuple! 

Je souffre, oui, je souffre d’avoir partagé tant de beaux, doux, mémorables moments avec mon charmant chaton et de ne plus pouvoir en partager.

J’ai quitté la maison de Clément pour une brève visite de quelques jours auprès de mes proches. Le départ a été le plus ardu ; j’ai pensé annuler quelques instants avant de partir. J’ai persisté et je ne le regrette pas. Ces petites vacances me font du bien et me permettent de me ressourcer un peu. En même temps, je commence à me demander si je ne prends pas ainsi une pause de mon deuil et si le retour n’en sera que plus pénible… Il est trop tôt pour me prononcer. Puis, si jamais le retour est terrible, au moins, j’aurai fait le plein d’énergie et d’amour avant de rentrer.

Quelques impressions de vacances

L’étrangeté
Se retrouver loin des lieux imprégnés par les fantômes de l’existence de Clément. Penser moins douloureusement à lui. Sortir du carcan de la routine boulot, manger, dodo. Avoir le temps d’écrire, d’éditer et de publier. Être entourée de gens qui m’aiment et prennent soin de moi. Ça me fait du bien, mais ça m’indispose un peu pareil. Mon chagrin ne s’est pas dissipé tout d’un coup. Où est-il ?

La familiarité
L’observation des rituels habituels, avec quelques altérations tenant compte de changement dans la vie de mes proches. Les jeux, la bonne bouffe, l’excellente compagnie et l’absence de bébé chat qui n’a jamais fait partie de ces visites. C’est normal qu’il n’y soit pas, trop anormal qu’il ne soit plus à la maison. Est-ce que ma tristesse m’attend à Québec ?

La particularité
Avant, je savais que notre Mément m’attendait à la maison. J’espérais qu’il ne s’ennuie pas trop, qu’il se nourrisse bien, qu’il n’est pas d’incident en notre absence, qu’aucun désastre ne survienne. Pourtant, je n’y songeais pas sans arrêt, occupée à profiter du bon temps avec ma famille et mes amis avant de rentrer. Maintenant, je pense à lui encore, moins constamment peut-être qu’à la maison ou au travail. Puis, je sais que la maison est vide quand mon conjoint et moi n’y sommes pas comme c’était le cas plus tôt cette semaine. Quoique ça m’arrive d’avoir un moment d’égarement et de penser que chaton est toujours en vie et surveille notre retour à la maison. Qu’est-ce qui me guette au bercail ?

La rigidité
Maintenir à tout prix les habitudes du deuil : écrire, pleurer, se morfondre, s’esclaffer, se rembrunir, contempler, se souvenir, pleurer, pleurer, rire, s’ennuyer. Sinon, des étapes paraissent avoir été esquivées. Prévenir pour mieux guérir, et éviter un tsunami larmoyant lorsque je franchirai à nouveau le seuil de la demeure de Clément ? Ou me faire souffrir plus que nécessaire ?

La familiarité
Être accompagnée par les personnes qui me connaissent le mieux et qui me laissent peu de temps pour m’apitoyer. Dans des lieux que je connais comme le fond de mes poches et qui n’ont plus de secret. Où un deuil d’une autre digne représentante de la race féline a été vécu il y a moins de deux ans. Où un vide au contour familier occupe encore une partie de l’espace. Est-ce vraiment de l’évitement ou est-ce plutôt un pas de plus dans le nouveau chapitre de ma vie ?

L’étrangeté
Après les flots réguliers de larmes, une période plus aride. Pas une sécheresse complète encore. Un temps de recul sur le deuil vécu et celui à venir. Allègement temporaire ou redéfinition de la forme de ma peine ?

Le deuil prend-il des vacances, lui aussi ?

Quand j’y réfléchis, peut-être est-ce que cela me paraît un peu plus facile par comparaison, puisque la semaine avant ma vacances a été particulièrement difficile, entres autres parce que j’anticipais la douleur de partir et parce que j’avais tellement hâte d’être en congé que le travail était plus lourd. Chaque chose en son temps. Actuellement, je profite de cette brève semaine de vacances hors de la maison, je fais des choses que j’aime et je conserve une place au chaud près de mon coeur pour Clément-chou. Le retour arrivera bien assez tôt (au moment de publier, quelques heures à peine) et je verrai rendu là.

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