Deuil en cours
Aucun moment ne convient vraiment pour partager mon expérience des derniers moments avec Clément-chou. C’est sans nul doute le texte qui me fut le plus difficile à écrire et sa lecture ne risque pas d’être facile. Que personne ne se sente obligé de le lire. Écrire sur le deuil et la mort survenue sont une chose, décrire les derniers moments d’un petit être vibrant de vie en est une toute autre. Je conçois aisément que certaines personnes pourraient être choquées ou traumatisées par ce qui suis. Soyez avisé-es avant d’aller plus loin!
Cet article marque sans aucune doute l’exercice le plus ardu de ce deuil que je vis, soit revenir sur les tout derniers moments passés avec notre bébé chat. Nous avons été privilégiés de pouvoir partager son heure finale et l’accompagner dans sa mort qui, j’ose l’espérer, fut douce. Ça n’a pas pour autant rendu ces instants moins douloureux…
L’expérience n’a pas commencé facilement, disons. En arrivant au centre vétérinaire durant les petites heures du matin, quelque part entre l’appel entré sur mon cellulaire à 3 h 24 et 4 h, je m’attendais à rencontrer la vétérinaire en premier. Au lieu de cela, nous avons été accueillis directement par une technicienne avec les papiers pour l’euthanasie ; présentés devant les coûts, la disposition du corps, la signature, ces détails mondains pour lesquels nous n’étions pas préparés et devant lesquels je me suis sentie si démunie. Je dirais que je me suis résignée à ce qui allait suivre.
Une fois les papiers remplis et signés et le déroulement du processus expliqué, on nous a enfin réuni avec Clément-chéri ! Nous pouvions passer le temps que nous voulions avec lui et n’avions qu’à appuyer sur le bouton lorsque le temps serait venu de l’euthanasier. En attendant notre chat, j’avais disposé sur la table d’auscultation les compagnons de Clément que j’avais ramassés avant de quitter la maison : Paula, le toutou ours polaire que je lui avais offert en cadeau quelques Noëls plus tôt; Clément II, son jumeau en peluche ; et Chokko, le sympathique singe que j’avais ramené d’une visite à Montréal il y a quelques années.
Retrouver enfin notre vieux chaton après en avoir été séparé plusieurs heures fut une expérience douce-amère ; la joie de le voir était atténuée de la tristesse de ce qui s’en venait. Étendu sur la table, Clément semblait avoir encore de l’énergie. Il regardait tout autour de lui, tentait de se lever et réussissait plus souvent qu’autrement à se tenir debout et se mouvoir. J’avais placé les toutous près de lui. Mon conjoint et moi l’avons cajolé en murmurant nos mots d’amour. Je ne me souviens plus vraiment des mots que je lui ai dit, je me rappelle plus clairement des gestes, les caresses, les bisous et les câlins.
À un point, comme il semblait nerveux et curieux, j’ai décidé de lui faire faire le tour du propriétaire de la salle de consultation dans laquelle nous nous trouvions, le prenant dans mes bras et posant Paula sur lui en même temps. Je l’ai approché des murs qui étaient ornés d’un motif peinturé orange qui allait bien avec sa fourrure tigrée rousse, je me souviens avoir noté cela. C’était difficile de ne pas céder aux sanglots qui me transperçaient. Après ce rapide tour, comme nous revenions vers la table, mon conjoint nous a pris dans ses bras, pour un gros câlin de groupe. Un moment d’amour infini et de désespoir profond, comme nous sentions que la fin veillait derrière la porte.
Je dois admettre que constatant l’énergie qui le faisait vibrer et le fait qu’il agissait encore et toujours comme le Clément que nous connaissions si bien, j’ai pensé que peut-être que nous devrions annuler la procédure, qu’il s’en sortirait pour un temps. Cependant, je remarquais aussi que sa respiration était rapide et saccadée ; ces maigres efforts lui coûtaient visiblement beaucoup. De plus, l’iris de ses yeux avait totalement disparu et un film liquide se formait sur ses pupilles dilatées. Il n’était pas bien, malgré le fait qu’il bougeait encore, qu’il manifestait sa curiosité de toujours, qu’il tenait sa tête haute et droite comme le roi qu’il a toujours représenté pour nous. J’aurais pu étirer le moment le plus longtemps possible, mais le rythme de sa respiration m’indiquait qu’il travaillait fort, et probablement souffrait. Je ne voulais pas prolonger le tout à ses dépens. Après avoir consulté mon conjoint, j’ai appuyé sur le fameux bouton environ vingt à trente minutes suivant le début de notre ultime réunion.
Avant de poursuivre, je souhaite établir ici le fait que tout le personnel du centre vétérinaire nous a traité, Clément et nous, de façon exemplaire et très humaine. Nous avons été entre de bonnes mains et je n’ai absolument rien à leur reprocher. Quand la vétérinaire nous a rejoint avec le matériel requis, elle nous a succinctement et clairement expliqué les étapes et ce qui allait se passer pour Clément.
Néanmoins, entre comprendre l’abstrait de ce qui se produira et le vivre, il y a un gouffre immense. Pour moi, voir mon cher chaton se faire euthanasier a été une expérience traumatisante, bien qu’imprégnée de beauté et d’amour. Comprenez-moi bien, je ne regrette en aucun cas avoir accompagné bébé chat jusqu’à son dernier souffle. Cela n’empêche pas que ce fut un énorme choc de voir la vie le quitter d’un coup. J’avais pourtant une bonne idée de ce qu’était une euthanasie, et ça, combinée avec les explications précises de la vétérinaire auraient dû suffir à me préparer à encaisser le coup. Cependant, ce ne fut pas assez pour contrer le traumatisme.
Les derniers moments de Clément se déroulèrent en toute simplicité. Pendant que la vétérinaire préparait le cathéter et injectait le premier anesthésiant qui l’endort, mon conjoint tenait une patte avant de notre chat et sa tête, et moi, je serrais ses petites pattes arrières. Il a gardé la tête haute et fière jusqu’à l’assoupissement ; comme le produit faisait son effet, il s’est affaissé doucement sur le côté, les yeux encore ouverts, mais fixant le vide. J’ai vu que son ventre se soulevait encore légèrement, presqu’impercetiblement. C’était le seul signe qu’à ce moment, il vivait encore. Puis, la dose léthale a suivi et j’ai vu autant que ressenti l’instant où Clément a passé de vie à trépas. Ce fut déchirant… J’ai constaté à ce moment-là que je n’avais pas retiré le collier de Clément avant l’euthanasie comme j’en avais exprimé l’intention à mon conjoint. J’ai décidé de retirer moi-même le collier, bien que la vétérinaire allait le faire pour moi. C’est en enlevant son collier de son corps mou et inerte, corps qui ne réagissait plus du tout comme mon chat aurait réagi pour ce type d’intervention, que j’ai pris la pleine mesure de la mort de Clément-roi. Malgré le choc subi en retirant son collier de son cadavre encore tout chaud, je ne regrette pas cet oubli ; Clément semblait tant apprécier ses colliers, il se serait peut-être senti dénudé sans, peut-être même délaissé, comme si en l’enlevant, nous l’abandonnions… Un oubli somme tout fortuit !
Nous avions l’occasion, à cette étape-ci, de passer autant de temps que nous voulions auprès de sa dépouille. Bien que je ne pensais pas vouloir rester longtemps et, somme toute, ne me suis pas éternisée, cela a été difficile d’appuyer sur le bouton à nouveau, signal qui allait définitivement nous séparer de tout ce qui restait de lui. Cependant, après l’avoir caressé quelques dernières fois et lui avoir soufflé en mots un peu plus de mon amour, j’ai pressé le bouton. Oh! comme cela fut douloureux d’observer la technicienne soulever son petit cadavre délicatement et l’emporter loin de nous.
C’est ainsi que Clément a été euthanasié dans la nuit du 5 au 6 février 2023, vers 4 h 30 AM. Un peu plus tard, peu avant 5 h 30, nous sommes revenus à une maison vide et sans chaleur, figurativement. Ni mon conjoint ni moi n’avons pu trouver le sommeil après ces événements. J’avais à peine dormi une heure ou une heure et demi, avant que l’appel fatidique ne me réveille. J’étais écorchée, exténuée, emplie d’une tristesse sans fin. Cette journée-là a été une des pires de ma vie. Les minutes se sont égrenées une à une, avec peine. J’ai arpenté agitée, sans relâche et malgré la fatigue, les pièces de notre appartement comme un lion en cage. C’est ainsi qu’a débuté le premier chapitre du volume de ma vie après Clément. C’est ainsi que s’est conclu le dernier chapitre du livre de l’existence de Mément auprès de nous.
Nous n’aurions pas pu avoir plus fidèle et vaillant compagnon que notre cher petit roi rouquin. Je pense sincèrement qu’il a eu une fin respectable, à la hauteur de son noble statut, entouré des êtres qui l’aiment et qu’il aimait, en toute dignité. Je suis heureuse d’avoir pu être à ses côtés jusqu’à sa mort malgré la douleur qui accompagnera probablement toujours la réminescence de cet épisode tragique. Si on m’offrait le choix entre effacer cette heure de ma mémoire à jamais ou revivre ce souvenir en boucle des milliers de fois, je choisirais sans hésiter la deuxième option. Je considère que la douceur et l’amour qui ont marqué les heures finales de la vie de notre cher Clément transcendent le choc et la souffrance associés au traumatisme de l’euthanasie!




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