Un doigt de fée, un ongle de sorcière

Fairy Friday sur fond de défi culturel

Le dernier vendredi du mois de mars 2026 vient de passer, le Fairy Friday est donc de retour, pour votre plus grand plaisir j’espère. J’avais un tout autre sujet de prévu pour mars, à peine développer, et j’ai décidé de le reporter parce que j’ai eu une idée après avoir publié ma participation à un tag livresque sur Instagram que je passerai en revue ci-dessous. Ce tag fait partie des activités officielles proposées par Romane du Terrier sous la lune pour la 3e édition de son challenge annuel Les femmes sous la lune qui se déroule tout au long du mois de mars sur Instagram principalement. Romane a mis en place ce défi pour célébrer les femmes, le féminisme et la sorcellerie en invitant chacun-e à participer selon ses envies, selon ce qui lui parle. Pour le tag en soi, il s’agissait de constituer son coven littéraire avec dix personnalités.

Jusqu’à présent sur la Miaougraphie de Clément, les sorcières ont occupé peu d’espace comparativement aux fées. Là-dessous, plus qu’une préférence personnelle, ça s’explique sans doute par mon besoin de lumière et de légèreté qui a particulièrement marqué ma première année de deuil suivant le décès de notre petit roi. Dans les faits, les deux me fascinent depuis longtemps. D’ailleurs, je ne pense pas vous l’avoir partagé encore, mais enfant, je me déguisais à tous les Halloweens, ou presque, en sorcière. Bon, j’avoue qu’il y avait deux raisons principales qui motivaient ce choix. Un, le chapeau pointu, c’est tellement glam ! Deux, c’était mon excuse pour ne pas me couper les ongles pendant quelques temps. J’ai toujours préféré laisser pousser mes ongles assez longs, pas Cardi B long – naturellement, c’est difficile, en tout cas pour moi, de maintenir et consolider des ongles qui dépassent de plus de deux-trois centimètres le bout de mes doigts. Néanmoins, jeune, ma mère ne me le permettait pas, sauf une fois par année. Alors voilà, j’aimais aussi déjà les fées, pourtant je ne me suis jamais déguisée ainsi pour l’Halloween.

Je me suis quelque peu détachée des sorcières en grandissant, en partie parce que l’image de la sorcellerie contemporaine, celles pratiquées par des personnes réelles, ne me parlait pas tant. Mon rapport à tout cela est assez complexe et je ne le décortiquerai pas aujourd’hui. Simplement, sachez qu’il était plus facile pour moi d’accepter les fées, car leur représentation était purement fictive, leur magie entièrement inexpliquée et mystérieuse, ou du moins, repose-t-elle sur des bases tellement éloignées de la réalité connue, que les fées revêtent un caractère plus insaisissable. L’arrivée de Gigi dans ma vie, je pense, m’a quelque peu ramené à mes sources et je pense qu’une nouvelle réflexion émerge qui me permettra de développer un rapport différent à tout ce qui a trait aux sorcières. Je pense que ma petite chatoune noire m’aide à accepter la part de sorcière en moi.

Ce qui me ramène à un sujet que j’avais déjà touché, il y a longtemps maintenant, la proximité entre fée et sorcière. Dans certaines histoires, dans certaines représentations, fées et sorcières semblent en fait interchangeables. On a qu’à penser à Morgan Le Fay ou la fée Morgane ou peu importe l’appellation choisie de ce personnage iconique des légendes arthuriennes, celle de la demi-soeur rejetée, négligée, érigée en super-vilaine du roi Arthur. Humaine ou fée, elle est généralement représentée comme une enchanteresse, parfois comme la reine des fées. Son image, son incarnation dans diverses versions de cette légende vacille ainsi de fée à sorcière, bien que son rôle demeure assez similaire dans le récit. J’ai choisi d’inclure une photo tirée de la série télévisée Merlin qui revisite les légendes arthuriennes avec un jeune Merlin au lieu du vieil homme souvent représenté. Ça s’éloigne souvent du canon traditionnel, ce qui ne m’a pas empêché de grandement apprécié cette série. Katie McGrath y interprète une version de Morgana qui passe d’alliée à ennemie, toute en nuance et ambiguïté. Elle y est présentée comme une humaine et une sorcière.

Alors, fée ou sorcière, quelle est la différence ? Étymologiquement, elles ne sont pas aussi éloignées qu’on peut le croire. Fée vient du latin Fata ou Fatum, respectivement Parques et destin ; les Parques, ces personnages féminins mythologiques qui tiennent et contrôlent le fil du destin. Quant à sorcière, ce mot viendrait du latin tardif sortiarius ou diseur de sorts. Et le sort en est jeté ! Car ce dernier se définit comme : « Puissance imaginaire à laquelle est prêtée le pouvoir de présider au destin des hommes et de déterminer le déroulement de leur vie lorsque certains événements semblent dus au hasard. ». Tout ça, je l’ai pris des ressources en lexicographie du CNRTL. Étymologiquement, il ne semble qu’y avoir un pas entre les deux.

Il y a quand même une certaine distinction à faire. Les fées peuvent être conçues comme le destin en soi, la force de celui-ci, puisque leur origine est simplement le mot lui-même. Elles ne sont pas diseuses de destin, voyante, ou quoi que ce soit, tandis que les sorcières le disent, le voient, l’influencent. On pourrait donc tracer une ligne entre la nature inhérente des fées, appartenant à une dimension autre qu’humaine, et celle des sorcières qui serait issue de la même dimension que les humain-es ou plus proche en toute vraisemblance. Cependant, dans les usages, cette distinction n’est pas systématiquement présente et nombre de sorcières sont représentées comme divine ou proche, par exemple, je pense à Médée ou Circé, ou encore d’origine démoniaque (et encore là divin/démon, c’est relativement le même niveau, juste du côté opposé) comme elles étaient représentées (sont encore parfois) dans les mythes chrétiens.

D’où sans doute, le glissement de fée à sorcière, sorcière à fée, qui se trouve parfois d’une version à l’autre d’une même histoire ou même au sein de la même version. J’aurais besoin de creuser plus pour vous trouver un exemple de ce dernier, pourtant, je sais que l’ai rencontré à plus d’une reprise. Les premières fois, ça m’avait confondu j’avoue, car j’avais à cette époque en tête une distinction claire entre fées et sorcières. À force de lire et d’explorer, ma perspective a évolué, bien que je fais encore la distinction, je comprends mieux que cette distinction est à nuancer selon le contexte culturel et historique.

Les enchanteresses sont peut-être la figure qui permet le mieux de comprendre ce glissement. Certaines histoires utilisent spécifiquement la représentation de l’enchanteresse pour un personnage féérique, d’une bonté et d’une beauté souvent inégalée. Par exemple dans le Paris des merveilles de Pierre Pével, les enchanteresses sont des fées ayant passé trop de temps sur Terre. En revanche, d’autres utilisent ce terme pour des personnages humains ou mi-humains, d’une moralité douteuse, voire mesquine, autrement dit une femme puissante et plutôt effrayante qui s’apparente plus aux représentations plus classiques de la sorcière comme la fée Morgane mentionnée ci-dessus. Ça n’a d’ailleurs rien d’un hasard cette vilainisation des femmes ayant un pouvoir. Quant la sorcellerie a mauvaise presse et qu’elle est présentée comme une force maléfique, malveillante ou à tout le moins, amorale, ce sont des savoirs souvent féminins qui sont ainsi rejetés.

Enfin, ceci est le fruit d’une réflexion et recherche encore très sommaire sur le sujet. J’y reviendrai sans doute et peut-être essaierai-je de prendre plus de notes en lisant des oeuvres qui présente l’une des représentations brièvement touchées ici. N’empêche que le Fairy Friday restera principalement axée sur la féérie et le merveilleux. En attendant, je vous présente mon coven littéraire que Gigi, ma petite princesse un peu sorcière, m’a aidé à mettre en contexte. La première photo a été prise par mon conjoint pendant que je faisais jouer Gigi avec mon ombre projeté sur le mur. Gigi semble être une graine de chasseuse d’ombre, comme son grand frère Clément l’a été en son temps. Nous verrons si elle continuera sur cette lancée. J’adore la série de photos qu’il a pris de cette session de jeu, et particulièrement celle que j’ai retenue comme photo-titre. Sur celle-ci, nos ombres, à Gigi et moi, semblent intimement lier.

  • La maîtresse de cérémonie
    Un indispensable de ma bibliothèque
    Pélagie-la-charette d’Antonine Maillet
  • La juste
    Un livre qui lutte contre les inégalités
    Le pacte de Sken Lodge d’Agnès Aleya
  • La sorcière verte
    Un livre qui met en avant l’amour de la nature et/ou l’écologie
    Nos fleurs de Anaïs Barbeau-Lavalette et Mathilde Cinq-Mars
  • La sorcière du chaos
    Un livre qui défi les codes et les normes
    Chroniques du pays des mères de Elizabeth Vonarburg
  • L’ancienne
    Un classique
    The Story Girl de L. M. Montgomery
  • La prodige
    Un livre qui t’a appris des choses
    Gourmande Boréale de Michele Genest
  • La reine des prédictions
    Un roman d’anticipation
    The ones we’re meant to find de Joan He
  • L’empathe
    Un livre qui a touché ton coeur
    L’aube sera grandiose d’Anne-Laure Bondoux
  • L’héritiere
    Un livre féministe récent
    Anan 3 La guerrière de Lili Boisvert
  • Le grimoire du coven
    Un livre écrit par un collectif ou plusieurs autrices
    XXXHolic par Clamp

J’adore chacun des livres que j’ai choisis pour notre coven. Comme mentionné sous ma publication sur Instagram, si vous ne l’avez pas vu, un seul de ces ouvrages a été lu en présence de ma princesse des bois, la lecture des autres datant d’avant son arrivée. Tous ces livres font partie de ma bibliothèque et nous aurons sans doute l’occasion de les découvrir ensemble. Si ça vous tente de monter votre coven littéraire, gênez-vous pas reprendre ce tag. Bien sûr, j’aurais pu en ajouter bien d’autres. J’ai aussi tenté d’en faire un le plus francophone possible ou disponible en traduction. bell hooks, Ursula K. Le Guin, Tracy Deonn, Kay Sinclaire, pourraient facilement se greffer à notre coven littéraire pour ne nommer que celles-ci. L’une des personnalités qui m’a donné le plus de retors a été Le grimoire du coven jusqu’à ce que je pense au célèbre collectif formé de quatre femmes mangaka, Clamp, actif depuis les années 80. J’aurais pu cité Card Captor Sakura, Wish, Trefle ou Tsubasa Reservoir Chronicles entre autres, mais pour notre coven, ça nous prenait XXXHolic, avec sa sorcière multidimensionnelle Yûko ! D’ailleurs, parlant de manga, avec la fin du mois de mars, savez-vous ce qui se profile ? Le mois au Japon d’Hilde et de Lou, bien sûr ! Je ne sais pas à quel point j’y participerai cette année, j’ai toutefois quelques idées, reste à voir le temps et l’énergie. À suivre…

J’espère que ce billet vous inspirera à réfléchir sur vos croyances sur les sorcières et les fées. Gigi et moi profitons de ce Fairy Friday pour vous souhaiter une douce fin de mois de mars et un lumineux début d’avril. Que ce dernier week-end du mois soit des plus enchanteurs pour vous tou-tes !

En prime, une autre photo de Gigi et nos ombres.

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