Deuil en cours/ Vie de miaougraphe
Aujourd’hui (quand j’ai écrit le tout initialement), c’était la fête des mères, la première célébrée avec Gigi, la première où j’assume pleinement et sans complexe mon statut de cat mama. De cat mama de deux, bien entendu ! Ça a été un long cheminement pour en venir à cela, pas que les sentiments attachés à cela soient nouveaux, seulement, j’avoue ici avoir été longtemps coupable de juger les gens se disant parents de leurs animaux de compagnie, surtout lorsque j’étais ado et au tout début de l’âge adulte. J’avais des idées très arrêtées sur la définition d’être parent. Pourtant, ce n’est pas parce que je considérais que les parents adoptifs n’étaient pas de vrais parents. Mon parrain et ma marraine ayant adopté leur fratrie au complet, j’ai grandi auprès de mes cousin-es sans faire de distinction, tout en sachant qu’ils n’étaient pas biologiquement affiliés à mon parrain et ma marraine. Non, mes idées arrêtées concernaient de qui on peut se déclarer le parent.
Et pourtant, qu’est-ce qu’être une mère ? Un parent ? N’est-ce pas d’adresser les besoins essentiels et plus de son enfant ? De se soucier de son bien-être, souvent avant toute autre chose ? De l’éduquer à notre façon de voir le monde, de les encourager à le découvrir par eux-mêmes ? Que l’enfant soit biologiquement lié à soi, ou que l’enfant soit de la même espèce que soi, ça n’a pas vraiment d’impact sur les rôles qu’on endosse envers eux. Cela étant dit, je ne dis pas qu’être parent d’un chat est la même chose qu’être parent d’un humain. Après tout, même être parent de deux humains différents n’est pas tout fait la même chose, chaque relation étant unique aux deux êtres qu’elle lie. Qui plus est, je suis loin d’affirmer qu’adopter un animal fait de soi un parent automatiquement et pas seulement quand l’humain n’endosse pas les rôles associés à ce que c’est d’être parent de quelqu’un. Chaque relation étant unique, il est possible de ne pas ressentir ce lien filial envers son animal, et c’est correct ! Un animal peut être un membre de la famille d’autre façon, comme un ami de très longue date.
Prenons par exemple ma relation avec Clément. Bien que nous l’avons accueilli chaton, je ne l’ai pas automatiquement considéré comme mon fils. C’est quelque chose qui a évolué avec le temps, avec la complicité qui s’est développé entre nous, avec l’amour qui a empli de plus en plus nos coeurs au fil des ans. Je ne me rappelle pas la première fois que j’ai pensé à lui comme tel, je pense que c’était après quelques années de vie sous son règne magnanime. Et encore là, c’était une pensée privée, timide, que j’osais à peine entretenir, même si j’avais déjà délaissé une bonne partie de mes idées reçues, en partie grâce à la relation que ma plus jeune soeur a entretenu avec ses chats. Elle n’avait pas les mêmes hésitations que moi à les traiter comme ses enfants et à se déclarer leur mère. Je ne me rappelle pas avoir exprimé verbalement à Clément cette dimension de notre relation, et ce, même si bébé chat était un de ses surnoms que j’utilisais couramment et ce, depuis qu’il était très jeune. Mais justement, c’était souvent « Bébé chat » et non « mon Bébé chat », contrairement à quand j’utilisais son autre surnom commun, Mément, que je précédais souvent de « mon ».

En même temps, mon besoin de définir ma relation avec Clément était passablement bien comblé à ce moment-là par les autres aspects de notre relation, ceux de meilleurs amis et de confidents. Cela ne m’empêchait pas non plus de considérer que notre roi n’était pas que notre souverain, mais également un membre de notre famille. Ainsi, j’ai passé pas mal l’entièreté de sa vie à ne pas le désigner comme mon fils, à ne pas m’identifier comme sa maman, tout en agissant tout comme sa maman. Je pense qu’il y a eu d’autres facteurs, au lent développement de notre relation au tout début, je reviendrai sur ce sujet un autre jour, je pense qu’il mérite d’être creusé. Une chose est certaine, c’est qu’il y a peu de choses que je n’aurais pas fait pour mon vieux chaton. Avec ma vie, je l’aurais protégé contre tout ce que je pouvais. Ultimement, ne pas embrasser les termes décrivant le mieux notre relation n’a pas altéré la nature de notre amour, l’un pour l’autre. Cet amour a été et est toujours inconditionnel.
Ça a pris son décès et le deuil qui a suivi pour que je me défasse totalement de mes idées reçues et que je reconnaisse pleinement ce qu’il représente pour moi et ce que j’espère, j’ai représenté pour lui. Cela étant dit, cet éclaircissement n’est pas né seulement des sentiments provoqués par le deuil. Voir des gens partagés leur vie avec leurs chats et les présenter comme leurs enfants a définitivement aidé à écraser ce qu’il restait de mes préconceptions sur le sujet, des gens comme les cat parents de Princess Honeybelle, Kody, Mocha et Prince Toffeecake, Aalish la cat mom de Fiddy, le cat dad de Porky et Jim, et bien plus. Je me suis souvent reconnue dans la façon dont ces personnes abordent leur relation avec leurs petits bébés félins, me revoyant telle que j’étais avec Clément. Même après ça, je ne l’ai pas clamé très haut, bien que je vous avoue que depuis sa mort, je ressentais un pincement au coeur à chaque fête des mères qui passait sans que mon bébé soit auprès de moi, même si je n’ai jamais souligné l’occasion avec lui.




Néanmoins, c’est la venue de Gigi dans nos vies qui a abattu ce qui me restait de réticence à vivre ma cat mom life plus ouvertement. Ma Gigi, ma petite fille, que j’adore de tout mon coeur, tout comme son grand frère ! Et ça m’a fait très plaisir de souligner discrètement ma première fête des mères avec, en commençant par une petite session de dessin pour commémorer un moment partagé la veille au matin, tout en ayant une pensée, douce-amère un peu, mais sans ce pincement au coeur des dernières années, pour mon premier bébé chat, qui n’était pas parmi nous. Et j’ai eu une pensée pour toutes les mamans, incluant les mamans chats de toutes sortes !
À la Saint-Valentin, mon conjoint m’a offert cette jolie carte en écrivant dedans qu’il l’avais choisi, car il trouvait qu’elle me représentait moi, cat momma of two kits, Clément et Gigi. J’avais d’ailleurs pensé à ce moment écrire ma réflexion sur le sujet à ce moment-là. Je pensais que les soins pour Gigi post-opération et mes temps libres réduits expliquaient pourquoi j’avais mis le tout de côté. En préparant ce texte aujourd’hui, j’ai réalisé qu’il y avait aussi toute une charge émotionnelle que je n’étais pas prête à vivre à ce moment-là. Je ne sais pas si j’étais tout à fait prête maintenant, quoi que je pense que c’était une occasion appropriée pour le faire et que ça m’a fait du bien de l’écrire, et maintenant, de vous le partager.





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