Voyager avec Gigi, à la fois deuil et renaissance

Deuil en cours

En juillet dernier, j’ai franchi des milliers de kilomètres physiquement vers l’Ouest du Canada et, si le corps n’a peu ressenti l’effet des kilomètres, le cœur, lui, c’est autre chose. Un effet qui a toutefois commencé bien avant le départ.

Dans les semaines qui ont précédé notre grand départ avec Gigi, je ressentais des émotions assez contradictoires, entre l’anticipation de la joie à venir et l’angoisse de tout ce qui pourrait ne pas aller durant le voyage, il y avait des filaments de colère que je ne comprenais pas. Une certaine rage refoulée qui n’a pris sens que tout juste avant le départ quand j’ai compris qu’à travers l’excitation de pouvoir partager ce voyage en des lieux assez familiers pour moi avec notre cocotte, se camouflait une tristesse et une déception à n’avoir jamais pu partager cela de façon comparable avec Clément, de n’avoir jamais offert cette opportunité à mon vieux chaton.

Avec ce grand voyage dans l’Ouest canadien, je réalisais un rêve que je n’avais jamais complètement formulé avant, celui de partir avec mon bébé chat à l’aventure. Et je m’apprêtais à le vivre enfin… avec mon deuxième bébé chat. J’étais très heureuse à l’idée de le vivre avec Gigi, n’en doutez surtout pas, seulement, cela ne m’empêchait pas d’être fâchée de ne pas pouvoir l’avoir fait avec Clément. Plus de trois ans après sa mort et près d’un an depuis la venue de sa petite sœur de cœur dans nos vies, et je peux encore ressentir de la frustration et de la colère au fait de vivre quelque chose sans lui !

Je ne dirais pas que ça m’étonne à ce point-ci, si ces sentiments m’ont surpris durant les préparatifs du voyage, c’est surtout parce que j’avais été tellement absorbée dans mon quotidien, au boulot, dans mes projets personnels, dans les soins de Gigi et sa préparation pour l’aventure, que je n’avais pas eu l’occasion d’examiner de plus près cette rage qui grondait silencieusement. Par chance, j’ai commencé à en saisir la teneur peu avant de partir. Ainsi, même si je ne suis pas partie l’esprit totalement apaisé, j’avais conscience de ce que je traînais avec moi à l’autre bout du pays et j’ai pu le porter sans que cela vienne noircir les expériences vécues avec Gigi là-bas. Une chose qui a aidé, je pense, a été de concevoir comment Clément nous accompagnait durant ce voyage à sa façon, entre son explorateur royal qui supervisait notre chaventurière en herbe, sa touffe de poil que je garde précieusement dans un médaillon que j’ai porté quelques fois, particulièrement les premiers jours, et dans nos pensées, toujours.

Clément II veille sur Gigi et Grim (qu’on ne voit pas)

Je me rappelle avoir pensé, il me semble que c’était dans l’avion durant un des deux vols qui nous a emmené à destination, m’adressant à mon vieux chaton, que j’étais bien heureuse de transporter Gigi vers de nouveaux horizons avec nous, mais que j’étais désolée de ne l’avoir jamais fait avec lui, même jamais planifié. J’emploie le terme désoler ici, parce qu’en plus de la colère et de la tristesse, il y avait de la culpabilité là-dessous aussi. Voyager avec Clément n’a jamais vraiment été dans l’équation, sauf pour de courts voyages en voiture auxquels je songeais dans ses dernières années avec nous et juste pour visiter la famille, comme à Noël. Ce n’est pas du tout arrivé, pour diverses raisons, la principale étant que j’étais encore traumatisée du seul grand trajet en véhicule que Clément a fait, de peine et de misère, lors de notre dernier déménagement avec lui. Cette expérience ayant eu lieu quand notre vieux chaton était encore bien jeune, à peine trois ans, je conçois que cela a également dû expliquer que l’idée de voyager à des destinations plus ou moins connues avec Clément était hors de nos pensées.

On le voit bien ici, le médaillon qui contient des poils de Clément et, depuis ce voyage, des poils de Gigi

En rédigeant ceci, je me rends compte d’un fait quelque peu ironique : cette grande conquête de l’Ouest canadien par Gigi a eu lieu durant sa première année avec nous, parallèlement, mon premier grand voyage vers l’Ouest canadien a eu lieu durant la première année de vie avec Clément. Ainsi, lors de son premier grand voyage, Gigi est à peu près au même stade de vie que son grand frère était quand nous l’avons laissé seul à la maison pendant que nous partions en voyage (sous la surveillance sporadique de mes deux plus jeunes sœurs, qui ont été les cat sitters de Clément tant que nous habitions Montréal)… C’est certain que vu notre façon de voyager à l’époque, en bus, si vous vous en rappelez, Clément n’aurait pu nous accompagner, pas de la façon dont nous avions prévu voyager. N’empêche que je pense qu’à quelque part, ce parallèle, même si je n’en suis consciente que par après, a probablement amplifié la force de mon deuil dans les semaines précédant le départ. Après tout, à un mois près de notre envol avec Gigi vers l’Alberta, cela faisait 18 ans que Clément se retrouvait principal gardien du logis pour une période prolongée.

Ce sentiment de culpabilité n’est pas strictement logique. Je ne l’ai pas pour autant balayer du revers de la main. Je l’ai accueilli, pareillement pour la douleur, la colère et la tristesse de ne pas avoir vécu avec Clément d’expériences similaires à celles que nous nous apprêtions à vivre avec Gigi. J’ai reconnu leur présence en moi, les raisons pour lesquelles je les ressentais et le fait qu’elle n’avait rien à voir avec Gigi en soi. Ce cheminement m’a permis de profiter de ce séjour hors province avec notre princesse des bois et d’en connaître le bonheur. Le bonheur, et je n’exagère pas, et ce n’est pas seulement dû au fait d’avoir réalisé un rêve en visitant les prairies et les rocheuses canadiennes avec Gigi. Bien que ce ne fut pas le voyage le plus rempli que nous ayons vécu et que nous n’ayons pas fait tant d’activités où Gigi était fortement impliquée, ce fut un véritable bonheur que de partager tous ces moments avec elle, des plus petits comme les câlins de fin de journée dans notre hébergement de la nuit aux plus grands comme les premières vraies randonnées en laisse de Gigi.

Au retour à la maison, c’est tout ce qui est resté de cette grande aventure avec notre chaton : du bonheur serein, épanoui, à peine teinté de quelques gouttes de tristesse.

4 réponses à « Voyager avec Gigi, à la fois deuil et renaissance »

  1. Faire le deuil d’un être aimé prend toujours du temps…
    Merci pour ce joli partage 💚

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  2. Bonjour, et bien voilà c’est fait avec nostalgie parce que Clément n’a pas pu le partager , bien que de son paradis il vous a suivi j’en sui certaine et que Miss Gigi t’ai aidé dans cette conquête de l’Ouest; de très belles photos merci pour ce partage bisous bonne journée MTH

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  3. Je trouve ça courageux de ta part d’avoir accueilli cette colère et ces sentiments sans les refouler. C’était important de t’octroyer cela.
    Mon Hardy est en train de vivre ses derniers jours et je t’avoue que quand je vois tes sorties avec Gigi, je me dis que j’aurais tellement aimé faire cela avec lui. Alors grâce à toi, je m’imagine ce possible qui n’a jamais eu lieu mais qui me fait du bien. Merci à toi et à Gigi ❤

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  4. Maintenant que les sentiments ont un nom précis, le bonheur de vivre de beaux moments avec Gigi deviendront sereins et sans culpabilité. 😻🧡😻

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