Tranche de miaougraphie
Le titre de ce billet est à prendre avec un bon gros grain de sel, une pincée généreuse même, qui servira à relever la sauce de ce ragoût de chat échaudé… Aujourd’hui, je remonte dans mes souvenirs des dernières années avec Clément pour vous partager quelques succulentes anecdotes mettant en vedette notre petit roi préféré, le tout présenté dans un emballage quelque peu revisité. J’ai déjà tiré quelques leçons inspirées par mes souvenirs de Clément que j’ai diffusées sur la Miaougraphie de Clément pour votre (j’espère) plus grand plaisir (comme ici ou là). Je récidive avec, cette fois-ci, une leçon de cuisine ! … de salle de bain. Me voyez-vous venir ?
Alors, pour cette recette, ça vous prend, bien entendu, un félin, idéalement pas trop jeune. Je vous conseillerais d’éviter de tenter l’expérience avec un chaton. Ensuite, vous aurez besoin d’une baignoire plus grande que votre animal de préférence, sinon, votre préparation éclaboussera de tout bord tout côté. Enfin, le dernier ingrédient, c’est de l’eau, pas trop chaude idéalement, ni trop froide. Du reste, si vous le désirez, vous pouvez ajouter d’autres éléments selon votre fantaisie tout en évitant les produits pouvant irriter votre copain félin. Cependant, les trois ingrédients cités vous suffiront pour la base. En fait, vous le constaterez très vite, c’est une recette d’une grande simplicité, accessible à tou-tes, tant que vous ayez ces trois ingrédients à votre disposition. Ça se prépare en deux étapes et c’est tout. Toutefois, le temps de préparation peut grandement varié, vous comprendrez pourquoi dans un instant.
Première étape, remplissez votre baignoire d’eau tiède tirant sur le chaud, n’hésitez pas à tester la température de l’eau versée fréquemment. Pas besoin de trop remplir, vous avez juste besoin d’un niveau suffisant pour couvrir de quelques centimètres le fond de votre contenant. Deuxième étape : l’attente. Je suggère ici de vous installer confortablement dans la dite baignoire en attendant l’approche de votre petit félin (n’oubliez pas de laisser la porte de la salle de bain entrouverte, sinon, vous aurez tout fait ça pour rien). Ici, je dois préciser que je préconise la technique du laisser-aller. Soyez patient-es. Ne manipulez pas le chat pour le faire plonger dans la baignoire, laissez-le venir se saucer de lui-même. Le résultat en sera beaucoup plus savoureux, je vous le garantis. J’oubliais, c’est une bonne idée de prévoir une ou deux serviettes de bain de plus avant de commencer la préparation, ce sera utile pour sécher votre félin une fois qu’il aura bien mijoté !
Cette recette humoristique m’a été inspirée par quelques occurences d’incident aquatique impliquant Clément durant mes heures de bain. Je vous ai déjà mentionné mon amour des bains, un de mes moyens de détente favoris, et j’ai évoqué comment notre coquin de rouquin aimait me tenir compagnie. Pas dans la baignoire directement, non, il préférait s’installer sur le tapis de bain pendant que je m’y prélassais et parfois, se risquait sur le rebord de la baignoire… et voilà, c’était un risque pour une raison ! Nombre de fois Clément a saucé dans le bain, de façon bien involontaire ! Je ne pourrais pas donner de date exacte, ni cité précisément le nombre d’incidents qu’il y a eu. Avec l’âge, il évitait de plus en plus le rebord étroit de notre baignoire ce qui a grandement diminué ce type de plongeon involontaire. Je sais simplement que c’est arrivé plus d’une fois, dans des circonstances variant un peu.
Les plus fréquentes furent les fois où j’étais encore en train de tremper dans mon bain quand Clément qui, me surveillant du bord du bassin comme un maître-nageur, perdait pied en tentant de se déplacer ou de changer de direction et tombait à moitié ou complètement dans le bain. Le contact de l’eau le choquait et il sortait dés qu’il pouvait de la baignoire, avec mon aide parfois, s’il était mal tombé. Souvent, il réussissait à éviter un trempage complet, et seuls ses pattes arrières et peut-être un bout de sa queue étaient bien mouillées.
Il y a eu d’autres instances, une, deux ou peut-être trois fois, de bains surprises d’un chat qui pensait que la baignoire était vide et qui sautait les quatre pattes dedans pour boire les gouttes résiduelles sur les parois, pour constater que l’eau était encore en train de se vider… Mément en était quitte pour une immersion presque complète. Par chance, je réagissais vite dans ces situations, pas qu’il y avait de sérieux risque qu’il se noie, je n’ai jamais été du genre à remplir ma baignoire à ras bord (je ne paie peut-être pas l’eau où j’habite, mais l’électricité oui, et le chauffe-eau, ça en pompe pas mal !), non, mes réflexes évitaient surtout qu’un chat bien trempé engendre une trombe d’eau dans son sillage durant sa sa course effrénée pour se sécher. Je prenais la serviette la plus proche et j’attrapais le chat à sa sortie en fureur du bain pour l’essuyer vigoureusement. Malgré son état agité, il me laissait rapidement faire, comprenant que je lui portais assistance. Néanmoins, il ne me laissait pas le temps de le sécher au complet, juste assez pour qu’il se resaisisse, plus sec qu’humide. Ensuite, il gigotait pour se défaire de mon emprise. S’il semblait suffisamment sec pour ne pas mettre d’eau partout sur son chemin, je le relâchais.

Ces événements qui se sont répétés à quelques reprises à travers les années ne l’ont jamais pour autant tenu éloigné de la salle de bain pendant que nous nous douchions ou prenions un bain et ne semblent pas non plus avoir nourri une peur de l’eau chez lui. Durant sa vie, Clément n’a toutefois jamais surmonté la méfiance qu’il partageait avec bien d’autres félins envers les étendues d’eau et les chutes d’eau. Ainsi, son intérêt pour nos ablutions quotidiennes ne s’est jamais matérialisé en affection pour l’eau. J’ai crû dans sa jeunesse qu’il deviendrait peut-être un chat qui aime l’eau, au moins sous la douche ; il a paru plus d’une fois vouloir sauter dans la douche avec moi (surtout si je bloquais le gros du jet d’eau avec mon corps) surtout au début de l’âge adulte. Ce n’est pas arrivé, peut-être en partie à cause des incidents que je viens de vous raconter sommairement et d’autres aussi où j’avais tenté d’utiliser des jets d’eau pour le calmer quand il était trop agité dans sa jeunesse.
N’empêche qu’il n’avait pas particulièrement peur de l’eau, malgré tout, et vu la répétition des trempages incidentiels partiels ou complets, Clément ne paraissait pas s’en méfier plus que cela. De quoi faire mentir l’expression « chat échaudé craint l’eau froide » qui utilise pourtant l’image du chat pour signifier une prudence accrue envers quelque chose suivant une mésaventure l’ayant impliqué, avec un sous-entendu que cette méfiance verserait dans l’excès. Cela m’a donnée le goût d’examiner cette expression de plus près. Si nous remontons à l’origine de l’expression, le chat et la qualité de l’eau n’existait pas dans la première version répertoriée, tiré du Roman de Renart. De l’échaudé craint l’eau, chat a été ajouté au XIIIe siècle, puis, l’eau est devenue froide selon toute vraisemblance vers la fin du XVIe siècle, parce qu’un chat qui s’ébouillanterait développerait une frayeur de toute eau, peu importe sa température. Sur le site du Mag du chat où j’ai trouvé ces explications très complètes, on précise que le chat ne serait pas en mesure de savoir si l’eau est froide ou chaude et développerait donc une méfiance envers toute eau après s’être brûlé avec de l’eau bouillante… eh bien ! Cette surexplication là ne colle pas vraiment avec mon expérience personnelle et je ne parle pas que du fait que Clément n’ait pas conservé de ses saucettes impromptues une méfiance accrue envers l’eau.
Pour avoir observé avec attention (pour intervenir au besoin…) Clément pendant qu’il reniflait le contenu de nos verres et nos tasses, je peux vous dire que Clément ne laissait pas traîner son museau longtemps dans les tasses de thé bouillant ou de café brûlant (ou contenant des liquides très pétillants, mais ça, c’est toute autre chose !). En revanche, il s’abreuvait volontiers dans les verres d’eau tiède ou un peu froide, mais pas trop froide. Je pense qu’il pouvait percevoir la température, peut-être pas de loin, mais assez pour tenter à tous les coups de vérifier la température de nos breuvages. Peut-être que les gens qui ont devisé cette expression dans la version actuelle ne mesurait pas pleinement l’intelligence féline. Comme quoi quand on examine de près certaines locutions très communes, on se rend compte que leur image n’est pas très pertinente. Là-dessus, je vous invite à lire un poème que Domi Amouroux a composé qui démantèle plusieurs expressions communes mettant en question différents animaux. Disons qu’il y a plusieurs locutions communes qui mériteraient d’être réexaminées. Quoi que pour chat échaudé craint l’eau froide, cela peut prendre un autre sens si on tient compte qu’échaudé réfère probablement à la pratique d’ébouillanter un animal (généralement déjà mort) pour enlever plus facilement ses plumes ou son pelage… dans un tel cas, on peut plus aisément concevoir qu’un animal aurait tout intérêt à se méfier de l’eau, peu importe sa température !
Enfin, Clément n’était pas un chat échaudé, je vous rassure, mais un chat mouillé, oui, ça, ça arrivait, sans doute trop souvent à son goût, ce qui ne l’empêchait pas de traîner autour de la baignoire à l’heure du bain ou de la douche. Mes souvenirs de lui « trempe à lavette« , comme on dit au Québec, sont des trésors précieux que je chérirai aux côtés de son doux ronron, de son regard perçant, de sa petite langue rose qui pendait parfois hors de sa bouche, des impressions de son petit corps dodu entre mes bras, de sa chaleur diffuse se répandant à mes pieds durant la nuit. Ça me pince encore le coeur par moment de prendre mon bain sans la vigilance de mon vaillant maître-nageur félin. Clément savait veiller sur moi.

Avez-vous connu des chats qui aiment l’eau ou qui ont une peur bleue de l’eau ? Si vous testez la recette ou l’avez déjà testé, laissez-moi savoir comment ça s’est déroulé pour vous. 😉




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