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Deuil en cours

En février 2023, je partageais le billet ci-dessous sur un geste posé dans les jours suivant la mort de Clément qui m’avait été d’un doux réconfort : récupérer l’eau des bols dont il ne boira plus pour arroser les plantes de la maison. Ce bref rituel m’est revenu en tête dans les premiers temps avec Gigi. Comme pour Clément, nous avons commencé par lui offrir de l’eau dans plusieurs bols à travers l’appartement que nous vidons et rinçons régulièrement pour garder l’eau fraîche et propre, et ça fonctionne très bien pour elle aussi. Quand j’ai recommencé cette routine vécue sous l’ère de notre premier roi félin, j’ai pensé à ce geste de récupération d’eau tout simple et décidé ainsi de collecter l’eau défraîchi pour en nourrir les plantes quand elles ont besoin d’arrosage.

Malheureusement, depuis la publication de ce billet en 2023, je dois vous annoncer que les boutures de menthe chocolaté n’ont pas survécu à l’hiver. Le cactus de Noël, lui, semble se porter à merveille, malgré le déménagement. L’arbre dragonnier candélabre que nous avions depuis plusieurs années, non mentionné dans ce billet, semble quant à lui ne pas avoir survécu à la combinaison successive du déménagement et de la venue de Gigi. Nous avons peu de plantes à l’intérieur, car je n’ai pas le pouce très vert et surtout, la cohabitation avec un chat est rarement aisé, à moins de pouvoir suspendre les plantes ou d’avoir des pièces qui restent fermées. J’ai donc peu testé le tout avec Clément et je ne pense pas le tester beaucoup plus avec Gigi, qui semble bien partie pour devenir la terreur des plantes vertes.

Nous avons toutefois une plante de plus, arrivée peu après le décès de Clément, une plante-araignée qui trônait dans la cuisine de notre ancien appartement et qui occupe maintenant une place de choix suspendue au-dessus de mon bureau. Cette plante, ma mère me l’a offerte peu après le décès de Clément, un bébé d’une de ses nombreuses plantes-araignées. Elle m’a dit qu’elle se nommait Clémentine. À l’époque, j’avais apprécié la pensée, bien que le nom ne me semblait pas approprié et depuis, j’y ai peu référé de la sorte. J’en ai tout de même pris soin depuis et elle a bien grandi. Toutefois, je commençais à me demander si c’était normal que la nouvelle venue n’est pas fait de bébés, considérant que les plantes-araignées sont souvent très prolifiques là-dessus. C’est vrai qu’elle était encore très petite quand je l’ai apporté à la maison, je ne sais pas combien de temps ça prend pour arriver à maturité une plante comme ça.

Bref, peu après l’arrivée de notre princesse des bois dans notre foyer, j’ai commencé à l’arroser régulièrement avec l’eau des bols de Gigi. Et v’là ti pas qu’il y a quelques semaines, je me rends compte qu’une tige s’est tracée un chemin entre les feuilles, une tige avec à peine quelques feuilles et une ou deux fleurs. Eh bien maintenant, je peux l’annoncer ! C’est officiel, Clémentine a ses premiers bébés, car en constatant cette évolution, le petit nom dont ma mère l’a affublé m’est tout de suite venu à l’esprit. Bon, c’est sans doute plus une question de croissance et de temps, tout de même, ça me plaît de penser que l’eau enrichie des poils, des miettes de nourriture pour chat et des poussières traînées par Gigi a contribué à l’épanouissement de la plante-araignée. Si j’ai apprécié autant la symbolique de verser l’eau non bue par Clément dans les plantes, je vous laisse considérer à quel point j’apprécie celle de voir la plante accueillie peu après la mort de Clément donné vie à des mini-plantes-araignées grâce à l’eau récupérée des bols de Gigi.

Écrire sur ce sujet me fait penser aux autres petits gestes rituels, ceux que je pratiquais sur une base régulière durant la première année de mon deuil. Je parle de ceux mentionnés dans ce billet Dans ce qui me réconforte #3. Je ne suis pas revenue là-dessus depuis un bout, bien que je songeais à le faire puisqu’il y a eu du changement sur ce front depuis. Ça a quand même pris du temps avant que la régularité à laquelle je me prêtais à ces gestes change significativement et elle n’a pas changé pour toutes. D’abord, je mentionnais dans ce billet dire bonne nuit à Clément. Déjà en juillet 2023, je notais une différence dans mon recours à ce petit rituel : « Pendant une période entre mars et mai, c’était à tous les soirs ou presque que je répétais ces quelques mots. Maintenant, c’est à peine deux ou trois fois par semaine et c’est plus souvent une pensée, tout au plus un murmure. ». La tendance à le faire moins régulièrement a continué, je pense que je l’ai fait moins d’une fois par semaine en moyenne depuis plus d’un an déjà. N’empêche qu’il y a des périodes où je lui souhaite bonne nuit sur une base plus régulière, quand une dose extra de réconfort est requise. Récemment, j’y ai eu recours presque à tous les soirs, suite à la triste nouvelle que nous avons reçue du décès de la très chère Louloute d’Émilia. J’ai ajouté Louloute et Flanel dans mes souhaits de bonne nuit lorsque je les prononce pour Clément. J’aime à imaginer qu’ils se tiennent tous compagnie, Clément, Flanel et Louloute. Je pense très fort à vous tous et suis de tout coeur avec vous.

Je rapportais aussi en juillet 2023 attacher des rubans partout (ou presque), en hommage à l’élégance raffiné de mon vieux chaton qui raffolait de ce type d’accessoire. Ce geste rituel, je ne l’ai pas pratiqué depuis, oh avant notre déménagement je pense bien, et j’ai même retiré certains des rubans qui étaient restés accrochés depuis que je les avais placé quelque part en 2023 ou début 2024. Je pense que ce geste revêtait une importance particulière dans la première année de mon deuil comme façon de souligner la présence continue de Clément à mes côtés dans une dimension physique pendant une période où je sentais son absence physique de façon très intense. À force d’écrire, de dessiner et de déterrer des traces concrètes de sa vie auprès de nous, le symbole du ruban décorant quelque coin de notre demeure est devenu moins essentiel pour représenter la présence physique de Clément. Je la sens maintenant beaucoup plus autour de moi et j’ai donc moins besoin d’avoir recours à un succédané comme celui-ci.

C’est sans doute pour cela aussi que je n’ai pas ressorti le noeud papillon de Clément qui a longtemps trôné sur mon portable de travail dans notre ancien appartement. Il est rangé avec soin dans un petit coffre-fort qui renferme plusieurs autres traces physiques de Clément, dont l’empreinte de sa patte, et que j’ouvre au besoin, ce qui se fait rare récemment. D’un côté, la présence de Gigi a probablement également aidé à assouvir ce besoin physique, quoi que ce n’est pas comme si caresser Gigi se substitue à caresser Clément. Les deux sont tellement différents dans leurs marques d’affection et leurs façons d’être, qu’il n’y a pas de doute là-dessus pour moi. Néanmoins, il est certain qu’avoir Gigi près de moi est une source de réconfort et de douceur constante.

Enfin, le dernier rituel souligné dans ce billet de 2023 est celui de placer au sol les bols contenant les dernières gouttes de lait de mes céréales quand j’en mange et ça, c’est un geste que je pratique encore immanquablement, sauf une fois toute récente où j’ai placé le bol direct dans l’évier. Je m’en suis rendue compte rapidement, mais je ne l’en ai pas sorti après, en paix avec ce petit écart à mes habitudes. Et je ne poursuis pas ce geste dans le but de laisser Gigi s’y goinfrer (pour l’instant, nous ne lui donnons pas de lait, sauf accidentellement). Je les pose au sol dans une pièce fermée, principalement la salle de lavage. Ces gouttes sont toujours réservées à Clément (et j’en ai laissé un peu plus récemment pour Louloute). Le demeureront-elles indéfiniment ? Nous verrons, ça dépend de mon besoin de connexion à mon premier bébé chat. Je pense que ce rituel me permet de dédier au moins une petite partie de mon quotidien à Clément, un espace uniquement pour lui. Comme Gigi prend beaucoup de place, veux veux pas, je pense qu’il était et est encore important pour moi de maintenir cet espace et je n’ai pas besoin de réinventer la roue pour ce faire. Ce geste cent fois répétés déjà depuis la mort de Clément et avant l’accueil de Gigi convient parfaitement.

De l’eau qui nous lie de nouvelle façon à ces gestes rituels que j’ai délaissés ou renouvelés, mon deuil continue d’évoluer, tout comme ma relation avec la nouvelle venue dans la famille, Giselle la câline.

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